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Restos de cielo, casi nada
Morceaux de ciel, presque rien
de Claude Esteban
Julieta Lerman*
Mi padre dijo, me duele
en estos bosques, como si la muerte

me esperara en cada puerta, esta noche
me traicionaste, padre

dijo, me duele el costado
izquierdo, aquel

del corazón, dónde dormías cuando yo
tu padre temblaba

mi padre
dijo, caminaremos y será

un dios quien decida, mi padre es una sombra
sin descendencia

y yo lo escucho y soy
como un hijo que no sabe nada.



Mon père a dit, j’ai mal
dans ces forêts, c’est comme si la mort

m’attendait à chaque porte, ce soir
tu m’as trahi, mon père

a dit, j’ai mal à mon côté
gauche, celui

du cœur, où dormais-tu quand moi
ton père je tremblais

mon père
a dit, nous marcherons et c’est

un dieu qui décidera, mon père est une ombre
sans descendence

et je l’écoute et je suis
comme un fils qui ne saurait plus.



A la misma hora de la tarde una palabra
se borra y

otra, cada tarde un poco
de mí se muere

porque basta
con que una cosa pierda su nombre

para que toda la frase del mundo
se deshaga

y la memoria no puede
hacer nada y cada tarde es como si

ese resto de mí se moviera
menos, se moviera todavía.




À la même heure du soir un mot
s'efface, un

autre et c'est chaque soir comme un peu
de moi qui meurt

car il suffit
qu'une chose n'ait plus de nom

pour que toute la phrase su monde
se défasse

et la memoire en peut
rien et c'est chaque soir comme si

ce peu de moi bougeait chaque fois
moins, bougeait encore.












Mi padre dijo, alguien que debe
combatir al amanecer

no escucha su remordimiento ni sus malos sueños
está de pie

desde el canto del gallo, tú
dibujas figuras en la arena, lees

palabras y las frases que forman las palabras
son tus laberintos

mi padre
dijo, me hablas, pero lo que dices

se pierde, tal vez porque esa niebla
está entre nosotros.






Mon père a dit, quelqu’un qui doit
combattre au petit jour

n’écoute ni son remords ni ses mauvais rêves
il est debout

dès le cri du coq, toi
tu dessines des figures dans le sable, tu lis

des mots et les phrases que font les mots
sont tes labyrinthes

mon père
a dit, tu me parles, mais tes paroles

se perdent, c’est peut-être entre nous
tout ce brouillard .














Mírame, yo soy
el que cuida la puerta

sé tu nombre
pero quiero que tú hables primero

dame
lo que ya no tienes, ponte de pie

en tu cuerpo
que cae, yo soy

tu amo y tu último servidor.







Regarde-moi, je suis
celui qui veille devant la porte

je sais ton nom, mais
je veux que tu sois celui qui parle le premier

donne-moi
ce que tu n'as plus, tiens-toi debout

dans ton corps
qui tombe, je suis

ton maître et le dernier de tes serviteurs.



















Amor,
hazme vivir entre las hojas, que sea

otoño
y las copas de los árboles

tengan el color de la miel, amor,
trabajé tanto

y ahora me dicen
que me vaya

y yo
ya no sé, me tiemblan

las manos, escribo cualquier cosa
para engañar al invierno.






Mon amour,
fais que je vive entre les feuilles, que ce soit

en automne
et qu'il y ait sur les cimes

comme une couleur de miel, mon amour, j'ai travaillé
longtemps

et voilà qu'on dit qu'il faut
que je parte

et moi
je ne sais plus, j'ai les mains

qui tremblent, j'écris n'importe quoi
pour tromper l'hiver.












Mi padre dijo, toqué
el fuego con la mano derecha y ahora

ya no sufro, dime
tu mínimo deseo y yo haré que se cumpla

porque tu carne
aún es demasiado nueva

hijo, alguien muere
solamente si su corazón abraza el polvo

levántate,
sacúdete la noche

era
mi padre y yo veía su mano

tendida hacia mí su mano
hecha cenizas.





Mon père a dit, j'ai touché
le feu de ma main droite et maintenant

je ne souffre plus, dis-moi
le moindre de tes désirs et je ferai qu'il s'accomplisse

car ta chair
est trop neuve encore

mon fils, quelqu'un ne meurt
vraiment que si son coeur embrasse la poussière

lève-toi, secoue
la nuit de ton vêtement

c'était
mon père et je voyais sa main

tendue vers moi, sa main
en cendres.











Yo no bajaba más
a la playa

el mar que te arrancó
me abandonaba

una flor azul
brotó en la arena

y eras tú
y respirabas.







Je ne descendais plus
vers la plage

la mer qui t’avait prise
m’abandonnait

une fleure bleue
avait poussé dans le sable

et c’était toi toujours
et tu respirais.
















Mi padre dijo, tú
hijo, puedes subir cuando quieras

hasta las terrazas más altas, ahí
tu cuerpo

es transparente, deja
que me vaya

que conozca al fin la vergüenza
y me marchite

porque llegó la hora
de que nos repartamos, tú a los gestos

de cada día, yo
al umbral donde todo se anula

mi padre
dijo, cuál es el dios que me acompaña

y no duerme nunca.




Mon père a dit, toi
mon fils, tu peux monter quand tu le veux

jusqu’aux plus hautes terrasses, là
ton corps

est comme transparent, laisse
que je m’en aille

que je connaisse en fin la honte
et la flétrissure

car le temps est venu
qu’on se partage, toi dans les gestes

de chaque jour, moi
sur le seuil où tout s’annule

mon père
a dit, quel est ce dieu qui m’accompagne

et qui ne dort jamais.






Mi padre dijo, hice la cuenta
de todo lo que me debes

y es bastante más
que unas lágrimas, verás

cómo el sol se aleja sin fin
de mí, sabrás

cuántos días nos separan, hijo
quizás tú sabes

todo del mundo y no sabes nada, deja
dormir tus ojos, tus libros, tu

memoria, escucha
solamente el ruido del mar.





Mon père a dit, j’ai fait la somme
de tout ce que tu me dois

et c’est bien plus
que quelques larmes, vois-tu

comme le soleil s’éloigne indéfiniment
de moi, sais-tu

combien de jours nous séparent, mon fils
tu sais peut-être

tout du monde et tu ne sais rien, laisse
dormir tes yeux, tes livres, ta

mémoire, écoute
seulement ce bruit que fait la mer.











Mi padre dijo, la estrella
que te vio nacer está lejos ahora

dónde estamos hijo, existirá alguna ramita
que recuerde

el día
va a volver con su herida

mira, mira
mejor

tengo el ánimo
oxidado

y tú quieres atrapar en la noche
un sol viejísimo.





Mon père a dit, l'étoile
qui t'a vu naître est maintenant trop loin

où sommes-nous, mon fils, est-il même un brin d'herbe
qui se souvienne

le jour
va revenir avec sa blessure

regarde, regarde
mieux

mon courage
est couvert de rouille

et toi tu veux poursuivre dans le noir
un très vieux soleil.












Recuerdos míos, descansen, mis días, mis paisajes
nada se mueve y algo

ha cambiado, quizás
el color de una corteza o

el canto en algún lado
de un pájaro, no busquen más, dejen

que en ustedes la noche se acumule y haya
todo ese espacio en la hoja

y quede, quién sabe, apenas
una palabra.






Reposez-vous, mes souvenirs, mes jours, mes
paysages, rien ne bouge

et quelque chose a changé, c’est peut-être
la couleur d’une écorce ou

le chant quelque part
d’un oiseau, ne cherchez pas, laissez

en vous que la nuit s’accumule et qu’il y ait
tout cet espace sur la page

et qu’il reste, qui sait, juste
un mot.

















Mi padre dijo, ninguna gota
de agua cae del cielo

sin que un insecto la tome y yo
tengo sed desde siempre

avanzo sin labios
y tú que tienes todo, tú

quieres que yo te guíe
hasta las fuentes, serás

mi hijo o lo que queda
de mí

cuando el alma se desprende
y busca y quema todavía.





Mon père a dit, pas une goutte d'eau
qui tombe du ciel

sans qu'un insecte s'en saisisse et moi
j'ai soif depuis toujours

j'avance, je n'ai plus de lèvres
et tu veux, toi

qui possèdes tout, que je te guide
vers les sources, es-tu

mon fils ou seulement ce qu'il reste
de moi

quand l'âme se détache
et qu'elle cherche et qu'elle brûle encore.








Se equivoca
el sol, escribe cada día
de derecha a izquierda.


*

Y en la pared
esa sombra
que no es de nadie.




Il se trompe
le soleil, il écrit chaque tour
de droite à gauche.

*

Et sur le mur
cette ombre
qui n’appartient à personne.


….........................................................



Alguien grita
que todo está negro, pero se golpea
dentro de su cabeza.

*

Creí que imitaría
al día, que lo adelantaría
con una lámpara.





Quelqu’un crie
que tout est noir, mais c’est dans sa tête
qu’il se cogne.

*

J’ai cru que j’imiterais
le jour, que je dépasserais le jour
avec une lampe.


…..........................................................



Dejen dormir a los dioses
bajo sus piedras,
sólo hablan con serpientes.

*

Ese rumor es quizás
una estrella
caída en el pasto.




Laissez dormir les dieux
sous leurs pierres,
ççils ne parlent qu’aux serpents.

*

Cette rumeur, c’est peut-être
une étoile
tombée dans l’herbe.



…...................................................



Mi amiga
está vestida de brezo
tendrá frío este invierno.

*

Conté siete gotas de lluvia
en un pétalo,
siete buenos pensamientos.



Mon amie
a des robes de bruyère,
elle aura froid cet hiver.

*

J’ai compté sept gouttes de pluie
sur un pétale,
sept bonnes pensées.



…....................................................


No agregues polvo
al polvo,
deja tus zapatos afuera del cuarto.



N’ajoute pas de la poussière
à la poussier,
laisse devant la chambre tes souliers.


….........................................................


Para refrescar al absoluto
el agua
se seca.



À ne désaltérer que l’absolu
l’eau
deviene sèche.


…...........................................................


Cargaré el tiempo en el hombro
para caminar
mejor.



Je porterai le temps sur l’épaule
pour marcher
mieux.

…..........................................................


En la memoria de los otros
nuestras heridas
se curan siempre.


Dans la mémoire des autres
nos blessures
guérissent toujours.
…...............................................................




Esta noche, incluso si una hoja
se mueve
hace demasiado ruido.




Ce soir, même une feuille
qui bouge
fait trop de bruit.




…..........................................................



Es tan fácil
morir,
quiero envejecer como un árbol.



C'est si facile
de mourir,
je veux qu'on viellisse comme un arbre.


…............................................................


Hay que concluir: diecisiete
sílabas son
demasiadas, son insuficientes.



Il faut conclure, dix-sept
syllabes, c’est
trop, ce n’est pas assez.

Aclaración
Todos los poemas aquí traducidos pertenecen al libro Morceaux de ciel, presque rien (Gallimard, 2001) cuya traducción completa será publicada próximamente en la editorial Bajo la luna.
Autor
Claude Esteban (París, 1935-2006). Poeta, traductor y ensayista francés, hijo de un exilado español. Desde 1968 publicó numerosos libros de poemas entre los que se cuentan Conjoncture du corps et du jardin (Flammarion, 1983, Premio de la Academia Mallarmé), Morceaux de ciel, presque rien (Gallimard, 2001, Premio Goncourt de Poesía), Quelqu'un commence à parler dans une chambre (Flammarion, 1995), Soleil dans une pièce vide (Flammarion, 1991, premio France Culture) entre otros. En 1997 la Societé des Gens de Lettres le otorgó el Gran Premio de poesía por el conjunto de su obra.
Tradujo al francés obras de Jorge Guillén, Octavio Paz, J. L. Borges, García Lorca, César Vallejo y Quevedo entre otros. Es autor de ensayos sobre pintura, poesía y lenguaje entre los que se destacan Critique de la raison poétique (Flammarion, 1987) y Le partage des mots (Gallimard, 1990). En 1973, fundó la revista de poesía y arte Argile y entre 1984 y 1993 dirigió la colección de poesía de la editorial Flammarion. También presidió la Maison des Ecrivains entre 1998 y 2004 y se desempreñó como profesor de literatura hispanoamericana en la Sorbona.
*Traductora
Julieta Lerman (Buenos Aires, 1980) es Licenciada en Letras por la Universidad de Buenos Aires. Publicó París intramuros en el sello editorial El Surí Porfiado en 2008 y la plaqueta El diario de Emma (Color Pastel, 2010). Poemas suyos integran la antología Rupturas y desafíos de la nueva poesía argentina y ecuatoriana (Quito, 2010), Poesía Manuscrita 3 (Buenos Aires 2010) y Festival del Norte Grande (Salta, 2008). Tradujo Crónica de una herida de Claude Esteban (Paradiso, 2008) y colabora en algunas publicaciones literarias.